Chats de lettres 18

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Chats de lettres 18

La fable, un genre très apprécié au XVIIIe siècle

Une fable de La Fermière

La Fermière, Fables et contes dédiés à son altesse impériale Monseigneur le grand duc de toutes les Russies, Paris, chez Lacombe, 1775, p. 103. Ci-dessous : Mademoiselle Gigi (2010)


       

 Un chat, la gloire de l’espèce,
        Beau, poli, plein de gentillesse,
        Enfin un chat de qualité,
        Nourri dans la délicatesse,
        Et qui n’avait jamais été
        Dans la triste nécessité 
  D’aller en Rodelard pour chercher sa pâture,
  De souris et de rats faire déconfiture ;
        Ce chat donc, si bien appris,
        Un beau matin d’aventure,
        Se saisit d’une souris.
        La chétive créature,
        Qui sentit griffe de chat,
                Fit état
        D’être à son heure dernière,
        Et pourtant fait la prière
        Qu’à la bête meurtrière
        Souris font en pareil cas.
        Pour Dieu ! Ne me mangez pas.
  Moi, vous manger ? Ma bonne amie !
  Vous pouvez  être un très friand morceau ;
  Mais quant à moi, de votre peau
  Je vous promets que je n’ai nulle envie.
  Lâchez-moi donc, lui dit le souriceau.
        Oh ! Pour cela c’est autre chose.
        Non. Avec vous je me propose,
        S’il vous plaît de me divertir.
        J’aime à jouer, c’est mon plaisir,
        Et je vous crois très amusante.
        Çà ; vous allez voir de mes tours,
        Petite pelote vivante !
  Ne craignez donc rien pour vos jours.
        Je ferai patte de velours.

 Et voilà le jeu qui commence.
        On peut juger quel jeu c’était
        Pour la souris, qui toute en transe,
        Tandis qu’en l’air on la jetait,
        Qu’on la froissait, la ballottait,
        Dans l’angoisse et la souffrance,
        Jetait les hauts cris, soupirait,
        N’en pouvait plus et se mourait.

        
Ce jeu cruel ne l’est pas davantage,
        Que les jeux dont il est l’image.

 

Faites connaissance avec les nombreux émules de La Fontaine dans
Les chats de noble compagnie

Préface : Robert de Laroche
Couverture : Estampe de Coypel, gravée par le comte de Caylus.

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